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LE Plancton / organismes / Cténophores
Découverte

Il est probable que dès l'Antiquité, les cténophores, également nommés cténaires (du grec: ctenos=peigne et phoros=porteur), aient attiré l'attention des baigneurs par leur aspect opalescent et gélatineux. Mais iI faut attendre les travaux de F. Péron (1775-1810 et C-A. Lesueur (1778-1846), respectivement zoologiste et peintre qui résidèrent à Villefranche au début du XIXe siècle, puis ceux de C. Vogt (1817-1895), à partir de 1852, pour que ces organismes soient mieux connus. H. Fol (1845-1892), fondateur du premier laboratoire à Villefranche, soutient sa thèse de médecine sur la biologie du cténaire Beroe.
Les cténophores ont longtemps été classés avec les cnidaires dans l'embranchement des coelentérés. On a longtemps pensé que les cténaires ne possèdaient que deux feuillets embryonnaires (ectoderme, endoderme) comme les cnidaires, mais la présence d'un troisième feuillet (mésoderme) est maintenant évoquée de façon récurente.
La biologie neuro-sensorielle et motrice des cténophores de la rade de Villefranche a été étudiée par M-L Hernandez-Nicaise. Le chercheur américain S. Tamm effectua de nombreux séjours à Villefranche pour y étudier la structure fine et la biologie du comportement ciliaire de Beroe ovata. Enfin, la fécondation et le développement embryonnaire ont fait l'objet de plusieurs publications par D. Carré, C. Sardet et E. Houliston de l'Observatoire Océanologique de Villefranche. Quelques articles sont cités en référence ainsi que des pages web contenant des films sur Beroe et sur son développement.

Les cténaires présentent une symétrie bilatérale organisée autour d’un axe longitudinal oral-aboral défini par la bouche à l’avant et l’anus à l’arrière. Huit bandes longitudinales de palettes ciliaires iridescentes, les ctenes (d'ou le nom cténaire) réparties le long du corps permettent de les reconnaître. Chaque palette ou « peigne » est constituée de longs cils fusionnés à leur base qui propulsent l'animal dans l'eau. Le battement des cils présente un léger décalage le long de chaque bande, de sorte que l’animal est propulsé vers l’avant en une nage lisse, sans à coups. Quelques espèces se déplacent avec un mouvement de battement de leurs lobes ou d'ondulations du corps. Le sens et la vitesse du mouvement sont contrôlés par un statocyste et par des nerfs reliant le statocyste aux palettes ciliaires. Comme les cnidaires, les cténaires sont formés à partir de deux types tissus embryonnaires, l’ectoderme et l’endoderme. L’espace entre ces feuillets est comblé par des cellules voisines d'un mésenchyme.Les ctenaires diffèrent fondamentalement des cnidaires par la présence d' organes non venimeux, utilisés pour la capture d’algues unicellulaires et autres proies microscopiques. Les cténaires diffèrent des cnidaires par la présence de cellules collantes (colloblastes) au lieu de cellules urticantes (cnidocytes) et par le fait qu'ils sont hermaphrodites. Pourtant, le cténophore Euchlora rubra possède des cnidocytes et il a fallu attendre une date assez récente pour en élucider l'origine. En fait, ces cellules urticantes proviennent d'une proie, une méduse dont se nourrit Euchlora. Les cnidocytes sont intégrés dans les tissus du cténaire sans être digérés et restent fonctionnels.
Les cténaires se répartissent en deux classes distinctes: les « tentaculés », dotés de deux tentacules contractiles qui émergent de deux poches situées de part et d’autre du corps, et les « nus » qui en sont dépourvus.

Le corps des cténaires « nus » est plus ou moins cylindrique, ovalaire ou pyramidal. Leur bouche est presque aussi large que le diamètre du corps. Elle est bordée de centaines de baguettes rigides dont le cytosquelette interne est composé d'environ 500 axonèmes ciliaires utilisés pour mordre les proies. Les cténaires sont hermaphrodites. L’œuf, en raison de sa transparence et de la possibilité d'étudier la mise en place de l'unique axe oral-aboral après la fécondation, constitue un excellent modèle pour l'étude du développement embryonnaire. La larve conserve sa forme chez les tentaculés, tandis qu'elle subit diverses modifications chez les nus.

Un cténaire tentaculé : Pleurobrachia sp
Photo C.Carré

VIDéO - Plancton :

Cténaire Beroe ovata,
Photo D.Luquet

Les cténophores sont tous marins et planctoniques, excepté quelques formes aberrantes qui rampent sur le fond ou y sont fixées. Ils sont exclusivement carnivores, se nourrissent d'autres espèces de cténaires. S'il est privé de nourriture, Beroe ovata diminue progressivement de taille par un phénomène d'autodigestion. Il est également capable de régénérer ses tissus s'ils sont endommagés. L'influence de l'activité prédatrice du cténaire tentaculé Pleurobrachia rhodopis a été étudié par E. Buecher et B.E. Gasser de l'Observatoire de Villefranche.
Barnes, R.S.K., Calow, P. and Olive, P.J.W. 1993. The Invertebrates: a new synthesis. 1-488. 2nd ed. Blackwell Scientific publications.

Buecher, E and B.E. Gasser. 1998. Estimation of predatory impact of Pleurobrachia rhodopis (cydippid ctenophore) in the northwestern Mediterranean Sea : in situ observations and laboratory experiments. Journal of Plankton Research, 20. 631-651.

Hernandez-Nicaise, M.L. 1991. Ctenophora. 359-418. In : Microscopic Anatomy of the Invertebrates Volume II: Placozoa, Porifera, Cnidaria, and Ctenophora, F.W. Harrison and J.A. Westfall, eds. John Wiley, New York

.Hernandez-Nicaise, M-L. et Franc, J-M. 1994. Embranchement des Cténaires.In : Traité de Zoologie. P.P. Grassé ed. 943-1075.

Houliston, E. Carré, .D. Johnston, J.A. and Sardet, C. 1993. Axis establishment and microtubule-mediated waves prior to first cleavage in Beroe ovata. Development. 117. 75-87.

Tamm, S.L. 1980. Cilia and ctenophores. Oceanus, 23. 50-59.

Tamm, S. L. and S. Tamm. 1993. Diversity of macrociliary size, tooth patterns, and distribution in Beroe (Ctenophora). Zoomorphology, 113. 79-89.
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