| En 1388, les comtes
de Savoie entrent en possession des « Terres Neuves de
Provence » (qui prennent ensuite le nom de Comté de Nice) :
une précieuse façade stratégique sur la mer, bien que d’une
modeste largeur, pour un territoire essentiellement alpin.
Terre de frontière, le Comté eut un rôle important dans la
politique européenne du XVIe siècle, période marquée par la
lutte entre le roi de France François 1er et l’empereur
Charles Quint pour l’hégémonie de l’Europe, ainsi que par
la suprématie indiscutée de la flotte turque et par les incursions
des corsaires et pirates maghrébins dans toute la Méditerranée.
En 1536, après la perte de son territoire à cheval sur les
Alpes, la famille du duc Charles II de Savoie se réfugie à
Nice ; c’est là que se tiendra un congrès décidé par
le pape Paul III en 1538 pour tenter de rétablir la paix entre
le roi de France et l’empereur. Congrès qui n’empêchera pas
qu’en 1543 Nice, attaquée par les troupes et la flotte franco-turque
de « l’alliance impie », soit l’objet d’un des sièges
les plus importants de l’histoire de la Renaissance.
La nécessité d’une défense contre les attaques venant de
la mer fut une des principales préoccupations de l’empereur
Charles Quint qui dépêcha sur les lieux, en 1550, son « Supremo
Ingeniero », Gian Maria Olgiati.
Emmanuel Philibert de Savoie, grâce à ses succès militaires
dans les Flandres, comme commandant en chef des armées impériales,
trouva son prestige personnel renforcé. Le traité du Cateau
Cambrésis (1559) lui restitua la majeure partie de ses états
et rétablit sa souveraineté sur le Comté de Nice. Surtout,
il obtint le financement nécessaire pour terminer les travaux
de défense côtière démarrés sous la direction d’Andrea Provana
di Leinì. |
Commencée avec la
transformation du château féodal de Nice, la
chaîne de fortification « alla moderna »
est complétée par le fort Saint-Elme à Villefranche
(projet de Gian Maria Olgiatti et Benedetto Ala, 1550-1560),
le fort de Montalban sur la hauteur et, plus tard,
par le fort de Saint Hospice, sur la péninsule du Cap
Ferrat. Une petite darse fut construite au pied du
fort Saint-Elme pour accueillir les galères achetées par Emmanuel
Philibert pour se défendre des infidèles et se protéger des
incursions maritimes. A noter, en 1571, la participation des
galères du duc à la bataille de Lépante qui vit l’anéantissement
de la flotte turque.
Les successeurs d'Emmanuel Philibert apportèrent une grande
attention à l'entretien du front bastionné sur la mer et au
port de Villefranche en engageant les plus grands ingénieurs
militaires de l'époque. Dans son "Avvertimenti sopra
le fortezze di S.R.A. del Capitano Carlo Morello, Primo
Ingegniere et logotenente generale di Sua Artigliera",
daté de 1656, cet auteur restitue avec une grande vérité l'allure
de la rade et des forts de Villefranche que l'on retrouve
également splendidement illustrés dans le "Theatrum
Statuum Regiae Celsitudinis Sabaudiae Ducis Pedemontii Principis
Cypri Regis" (Amsterdam, 1682), manifeste politique
européen écrit pour célébrer la dynastie de la Maison de Savoie. |