accueil darse.org
  dossiers
archéologie navale
 
L'énigme de la roche verte:
par Jean-Luc Bruyas, professeur de biologie-géologie
Provenance probable : Corse
Roche verte trouvée sur les Deux-Rubes
La roche verte
"Il s'agit d'un échantillon cassé et poli sur une face. La roche est cristallisée. Elle présente des cristaux de grande taille (plagioclase, pyroxène et olivine). Elle ne fait pas effervescence à l'acide, ce n'est pas un marbre mais néanmoins une pierre à destinée ornementale. La couleur verte est un indice fort qui nous amène vers les roches magmatiques plutoniques formées à la limite du manteau supérieur de la croûte terrestre. Nous penchons vers un gabbro dont l'origine pourrait être alpine ou corse. Ce type de roche se forme lors de la collision entre deux continents ou entre un arc insulaire et un continent.

La croûte océanique de l'océan mort se trouve alors charriée en altitude. C'est le cas des Alpes et du bloc corso-sarde qui s'est détaché du continent et qui dérive. Il existe en Corse les célèbres "Verde" de la région d'Orezza qui sont souvent des schistes serpentinisés et qui se forment au coeur des chaînes.

La plus ancienne description date de 1610. Je la retranscris ici. Elle provient du livre de Jean Arrighi et de Françoise Giorgetti intitulé "Les Roches ornementales de Corse". "On a trouvé dans l'île de Corse, possession de la Sérénissime République, de très belles pierres et en grande quantité qui ressemble à de l'émeraude mouchetée (tachetée)... d'une dureté égale à celle des jaspes si bien qu'on ne peut les travailler et façonner qu'à grands frais. Le Sérénissime Grand Duc de Toscane le sait bien, lui qui, il y a quelques années, avec l'autorisation du Sérénissime Sénat, en fit extraire et transporter à Florence de très grands morceaux et là les fit façonner pour sa très fameuse Chapelle de Ferdinand..."

Le voyage se faisait de la côte orientale de la Corse, du lieu-dit Fiorentina, sur un brigantin en direction de Livourne...
Il faudrait d'autres indices extérieurs à la roche pour préciser son origine et sa destinée : proximité d'une épave, époque, lieu d'embarquement, destination, route maritime... En tout état de cause il pourrait s'agir d'un échantillon de démonstration d'un commerçant à destination d'un acheteur éventuel.

Voici en quelques lignes les conclusions concernant cette découverte insolite effectuée au point central de nos fouilles, par 6 mètres de profondeur, posée sur le fond, est partiellement recouverte de concrétions calcaires.


Il faut noter que la date citée par le géologue, Jean-Luc Bruyas correspond parfaitement à celle globale du gisement de la Batterie des Deux-Rubes, à Villefranche-sur-Mer. Les périodes du XVIe et XVIIe siècles sont la fourchette centrale dans l'histoire de ce gisement sous-marin.

Par la photographie, voici cette pierre énigmatique qui bien entendu a perdu une partie de son mystère. Reste cependant à découvrir la raison pour laquelle elle fut abandonnée au fond de l'eau...

Une découverte insolite qui ne restera pas sans lendemain car je poursuis actuellement des recherches du côté de la Corse afin de découvrir un éventuel acheminement de cette matière première arrachée aux montagnes corses direction Livourne. Elle empruntait alors la route maritime de l'ouest, direction Marseille.

L l'auteur de cet ouvrage "Les Roches ornementales de Corse", M. Jean Arrighi, s'est proposé de venir anlyser à son tour cette pierre verte afin d'apporter ses conclusions personnelles.

Toutefois, après cette prise insolite et lors de futures recherches, nous mettrons un point d'honneur à découvrir de nouvelles pierres polies à l'endroit exact de la mise à jour de celle-ci. Elle fut découverte sur la partie centrale de nos fouilles sous-marines, sur un lieu où de très belles pièces archéologiques ont été également mises à jour.

A noter que les matériaux de construction sont présents en grande quantité sur ce gisement sous-marin. Tuiles en ardoise verte et grise finement taillées, briques rouges et jaunes dont des vestiges similaires subsistent dans la construction même de la citadelle de Villefranche-sur-Mer.

A ce jour, aucune surface de la citadelle n'a utilisé cette matière première, sans doute fort coûteuse et non appropriée à un site exclusivement militaire et susceptible de recevoir un tel ornement de grand luxe.

Cette découverte nous révèle, sans doute, un commerce existant dans cette partie de la Méditerranée ou tout du moins qui tentait de l'être. Nous serons donc dorénavant vigilants à ce type de rencontre. Une pierre de petite taille, recouverte de concrétions et dont seule la partie parfaitement polie nous a amenés à remonter cet objet à la surface sans se douter bien évidemment qu'elle provenait de l'Ile de Beauté. (En principe).

Maintenant à nous de découvrir d'éventuels ornements ou de pavements dans les lieux saints ou autres de notre région. Joints également à cette étude, outre les photographies de cette découverte, les photocopies complètes du livre "Les Roches ornementales de Corse", aux éditions "Le Temps retrouvé".

   Accueil | Site map | Contact | Aide | Liens | Pôle multimédia